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Baptiste Morin / Crédit photo : JUSTIN TALLIS / AFP , modifié à
En marge du salon de Farnborough, au Royaume-Uni, les acteurs du secteur aérien ont planché sur les prévisions de trafic à l'horizon 2043. Il en ressort que le nombre de voyageurs et d'appareils pourrait doubler alors que ces mêmes acteurs se sont fixés pour objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. 

Il n’y a pas de salon du Bourget cette année, mais l’aérien a tout de même droit à sa grand-messe depuis ce lundi à Farnborough, près de Londres. En marge de l’évènement, les acteurs du secteur ont fait des prévisions selon lesquelles le nombre de voyages en avion et d’appareils en vol devraient doubler d’ici seulement 20 ans. 

Si cet horizon réjouit avionneurs et compagnies, mais il rend hypothétiques les objectifs climatiques du secteur. Le nombre de passagers aériens devrait ainsi atteindre 8,6 milliards en 2043. Un chiffre gonflé par les marchés émergents que sont l'Asie-Pacifique, l'Afrique et le Moyen-Orient. 

Quelques jours avant que la principale organisation mondiale du secteur aérien ne diffuse ces chiffres, c’est Airbus qui avait allumé la mèche. Le géant aéronautique européen a estimé que la flotte mondiale passerait de 24.260 appareils, fin 2023, à 48.230 en 2043. Sur les avions volant actuellement, seuls 5.800 seraient encore en service d’ici là et le besoin en nouveaux appareils dépasserait donc les 40 000 unités.

Une modernisation très couteuse

Le problème posé par ces scénarios réside dans leur incompatibilité avec les objectifs climatiques pris par le secteur aérien et notamment la neutralité carbone d'ici à 2050. Pour l’atteindre, trois leviers ont été désignés : le renouvellement de la flotte avec des appareils plus économes et donc moins polluants (20% d’émissions de CO2 en moins), l’utilisation d’une part progressive de carburant d’aviation durable (CAD) produit à base de matières végétales (jusqu’à 80% d’émissions de CO2 en moins) et l’optimisation des opérations en vols (trajectoires, approches, intégration des espaces aériens, 10% d’émissions de CO2 en moins).

Mais le coût de ces différentes mesures constitue un premier obstacle. D’après la Fédération nationale de l’aviation et de ses Métiers (FNAM), la simple modernisation de la flotte coûtera 1 milliard d’euros aux compagnies françaises l’année prochaine et 3 milliards d’euros dès 2030.

Mais au-delà de l’aspect économique, c’est le réalisme de la décarbonation qui est remis en cause. "Notre estimation, c’est qu’avec ces leviers, on peut faire deux tiers du chemin", explique Pascal Fabre, managing director au sein du cabinet de conseil AlixPartners. "Il reste un tiers du chemin à faire et pour cela, il y a des leviers. Le plus accessible, c’est la réduction de la demande". 

Vers des tarifs en hausse ?

La baisse du nombre de voyages en avion devrait être provoquée par l’usage grandissant du carburant d’aviation durable. Son prix est aujourd’hui quatre fois plus élevé en moyenne que le kérosène traditionnel. De quoi potentiellement doubler le tarif d’un billet d’avion alors que Bruxelles impose aux compagnies européennes d’utiliser 70% de carburant d’aviation durable d'ici à 2050.

"Cette obligation va mécaniquement faire augmenter le prix des billets avec sans doute un effet de réduction de la demande qui n’est pas encore pris en compte dans les modélisations", avance Pascal Fabre. Les prochaines projections de trafic devraient donc être logiquement revues à la baisse.