Tous les matins après le journal de 8h30, Emmanuelle Ducros dévoile aux auditeurs son «Voyage en absurdie», du lundi au jeudi.
Il y a un secteur européen qui a déjà expérimenté les fameux tariffs américains, et qui sait exactement ce qu'ils produisent, c'est celui des vins et spiritueux européens
Qui a déjà été là victiome collatérale d'un conflit commercial, c'était alors autour des avionneurs Boeing et Airbus, et c'était déjà Donald Trump qui pilotait. En octobre 2019, soudain, les Etats Unis avaient imposé des droits de douane de 25% sur les vins venus de trois pays européens accusés d'avoir subventionné Airbus : la France, l'Espagne et l'Allemagne ( il y avait aussi la Grande Bretagne, mais on conviendra que c'est un producteur de vin modeste). Particularité de l'affaire, seuls les vins tranquilles de moins de 14 degrés d'alcool avaient été visés... Pour ajouter de la zizanie, Donald Trump avait épargné les vins italiens... mais il s'en était pris à leurs fromages. Et quelques mois plus tard, il avait ajouté à la liste des produits taxés les schnaps allemands, le cognac français et les whisky écossais.
C'était donc il y a six ans... Mais les filières s'en souviennent encore
Oui. Les taxes ont actives un peu plus d'un an, jusqu'en mars 2021. Mais quand on en parle avec les protagonistes des filières vins européennes, ils emploient le mot de traumatisme. la vigne européenne ne s'est toujours pas remises économiquement de l'épisode. La filière française des vins et spiritueux par exemple : elle tenait 31% du marché américain, elle a perdu 11 points en quelques semaines, parce que les vins étaient devenus trop chers. Elle n'a jamais regagné ce terrain. Les Etats Unis étaient son premier marché à l'export. Le chiffre d'affaires en 2019, c'était 5.2 milliards d'euros. En 2023, c'ets toujoursmoins de 4 milliards. La France n'a pas trouvé de marchés de remplacements et ce mauvais coup américain a précipité la grande crise de la vigne que nous vivons actuellement, avec ses pertes de surfaces, et ses arrachages.
En Allemagne et en Espagne, ça a été la même chose.
Oui : les Etats-Unis étaient le premier marché pour les rieslings allemands, 15% de la production y était écoulée. Un quart des ventes perdues en quelques semaines. Les vins du Rhin n'ont jamais retrouvé le succès qu'ils avaient. Ils ont été remplacé par des blancs australiens qui leur ont durablement pris leur place. Et ça a été terrible aussi pour le vin espagnol, vendu en vrac, et qui avait tout misé sur ses prix bas, même chose. 20% de ventes perdues aux Etats-Unis, une placce dans les rayonnages irrémédiablement perdue. Ca a laminé les filières.
Et cette fois, elles craignent que ce soit encore pire...
Oui : d'abord parce que le niveau des taxes évoqué n'est pas de 25% comme en 2019, mais de 200% si l'Europe rétorque avec des taxes sur le bourbon (A VOIR). Les vins européens, tous cette fois, y compris les italiens qui avaient profité de la première salve pour mieux vendre, sortiront du marché. En France, on est particulièrement inquiet, parce que le champagne avait été épargné en 2019. Et pas sûr qu'il le soit. Cette histoire de taxes est une machine à détruire de la valeur, de la ricchesse, des emplois.
Un des arguments de Donald Trump, c'est que les droits de douane sur les importations doivent redonner un avantage aux productions locales.
Oui, il espère que ça sera bon pour le " champagne américain", comme il dit. Eh bien.... Là aussi on a du recul. La précédente expérience a prouvé une chose... C'est que si les américains ont tourné le dos aux vins européens, ca a été pour leur préférer d'autres vins importés. D'Australie, d'Afrique du sud, du Chili, d'Argentine. Les vins américains n'en ont absolument pas profité. (Pour reprendre l'expression inventée par mes confrères et consoeurs de l'Opinion hier, en travaillant sur le sujet... Le jour de l'instauration des taxes marque vraiment une rupture dans nos relations économiques avec les Etats Unis. Après le jour le plus long, c'est le jour le plus con).