Sécurité routière : cette proposition de loi qui veut interdire les véhicules puissants aux jeunes conducteurs

Une sénatrice PS du Nord a déposé une proposition de loi le 11 février dernier visant à "encadrer l'utilisation de véhicules surpuissants", en interdisant la vente ou la location de ce type de bolides à des "conducteurs inexpérimentés", ayant obtenu leur permis récemment. Une mesure qui ne fait pas l'unanimité dans le secteur automobile.
Prés de 3.200 personnes ont perdu la vie sur les routes de France en 2024, selon l'Observatoire national interministériel de sécurité routière (ONISR). Certains de ces drames impliquent de jeunes conducteurs, au volant de puissants véhicules. Ce fut le cas très récemment, le 8 février dernier à Lille, avec la mort d'une étudiante de 23 ans, renversée par un automobiliste de 18 ans qui conduisait une Volkswagen Golf R, dotée d'une puissance de 333 chevaux.
Une contravention de cinquième classe
C'est pour éviter que de tels accidents dramatiques se reproduisent que la sénatrice PS du Nord, Audrey Linkenheld, et d'autres de ses collègues ont déposé trois jours plus tard, le 11 février, une proposition de loi visant à "encadrer l'utilisation de véhicules surpuissants".
Celle-ci entend interdire "la vente ou la location aux conducteurs inexpérimentés (détenteurs d'un permis probatoire, NDLR) des véhicules dont la puissance excède certaines limites réglementaires", non précisées ici, par le biais d'un "nouvel article dans le code de la route". Effectivement, selon la sénatrice, "l'enthousiasme du conducteur peut alors rapidement se transformer en imprudence et représenter une menace sur nos routes et dans nos villes."
Ainsi, le fait de vendre, louer, donner ou mettre à disposition les modèles concernés exposerait la personne à une amende de 1.500 euros, c'est-à-dire une contravention de cinquième classe, précise BFM TV. Audrey Linkenheld indique que cette mesure lui a été inspirée du maire socialiste d'Hellemmes, Franck Gherbi, "qui a constaté la répétition de faits dangereux dans sa commune et ailleurs".
"L'urgence de renforcer notre sécurité routière"
Pour justifier son texte législatif, la sénatrice PS rappelle les récents événements tragiques qui "illustrent une situation alarmante qui tend à s'étendre et qui vient souligner l'urgence de renforcer notre sécurité routière. Ces dernières années, nos villes font face à une inquiétante augmentation des comportements routiers à risque, en particulier au moyen de voitures surpuissantes", écrit-elle.
Et l'élue socialiste de pointer du doigt la facilité pour les jeunes conducteurs de se procurer des bolides, via la location à l'étranger : "Ces véhicules sont facilement accessibles à un public de conducteurs inexpérimentés (...) Par exemple en Pologne ou en Allemagne, les agences de location peuvent ne pas être soumises aux mêmes exigences en matière de formation ou de sensibilisation que les agences de location françaises."
"Une stupidité sans nom", pour l'association 40 millions d'automobilistes
L'objectif final de cette proposition de loi est de "prévenir les comportements dangereux et réduire les risques d'accidents mortels dus à l'inexpérience". Mais elle est loin de convaincre l'association 40 millions d'automobilistes et son président, Pierre Chasseray. "C'est une stupidité sans nom. Ce n'est pas la voiture qui tue, c'est un problème de délinquance", appuie-t-il auprès d'Europe 1.
Selon Pierre Chasseray, la meilleure façon de lutter contre ce fléau serait d'impliquer davantage les forces de l'ordre, car cela renforcerait "la probabilité d'être arrêté" en cas d'infraction au code de la route. "Rien d'autre ne pourra permettre d'éradiquer la délinquance au volant (...) C'est vraiment une mauvaise réponse politique parce qu'on n'a pas compris le problème, ou ne veut pas le voir", tranche-t-il. Interrogée par RMC, la sénatrice Audrey Linkenheld affirmait que sa proposition pouvait "évoluer" et "être améliorée". L'élue espère néanmoins qu'elle pourra la défendre au Parlement d'ici à l'été prochain.