Tous les matins après le journal de 8h30, Emmanuelle Ducros dévoile aux auditeurs son «Voyage en absurdie», du lundi au jeudi.
La cathédrale Notre Dame va rouvrir ses portes samedi, restaurée après l’incendie de 2019. Vous y voyez une parabole. Il y a des enseignements à tirer dans la renaissance du monument que nous devrions garder en tête dans cette tourmente politique historique.
C’est spectaculaire de voir deux événements historiques se dérouler simultanément sous nos yeux, la renaissance de Notre Dame, l’écroulement politique de la France. Le premier nous suggère des choses importantes pour survivre au second.
D’abord, que dans les décombres de Notre-Dame, on a pu compter sur un fantastique réseau d'entreprises, d’artisans, de savoir-faire, de talents, de connaissances, de générosités qui se sont alliés pour remonter ce qui était à terre. Il y a la représentation nationale qui offre le pitoyable spectacle des derniers mois et il y a une France industrieuse et passionnée qui sait réparer ce qui est cassé. C'est cette France-là, souvent écrabouillée par les décisions irréfléchies de la classe politique, qui rebâtira la France
Vous voyez aussi une leçon dans la blancheur retrouvée de Notre-Dame.
On a entendu tant de commentaires rageurs devant les premières images de la cathédrale rénovée. C’est trop blanc, trop lumineux, trop propre. Ce qu’on a vu, c’est certes une cathédrale éclairée de manière un peu trop vive. Mais c’est surtout un monument débarrassé de siècles de crasse, qui faussait la vision que nous en avions. Les cathédrales gothiques étaient une élévation, une célébration de la lumière et de la clarté. Nous retrouvons Notre-Dame sans la saleté accumulée par les années. C’est cela que nous devrions exiger de la classe politique. Qu’elle fasse un grand ménage dans la tenue de la France. Nous pensons que la gabegie, la dette, l’Etat ankylosé sont la normalité, comme nous pensions que la noirceur de Notre Dame était son état d’origine. Ce n’est pas le cas.
Notre-Dame c’est un symbole fort : pour reconstruire, il a fallu s’affranchir des règles.
Il a fallu une loi d'exception pour tenir le délai et reconstruire en cinq ans. Quel paradoxe fou : une loi pour reconnaître que l’accumulation de nos normes, contraintes et paperasses est un éteignoir de l’audace. Sans renoncer à l’essentiel, la sécurité, la solidité, on a pu tenir le pari. Notre-Dame enseigne cette leçon : quand l’Etat qui se mêle de tout, tout le temps, qui veut tout contrôler jusqu’au moindre boulon accepte de reculer, tout avance plus vite.
C’est vraiment la preuve que l'Etat ne peut pas tout.
Non. Et qu’il est plus doué pour étouffer que pour porter les grands projets. Si on avait compté sur l’argent public, Notre Dame serait encore en ruines, ou notre déficit encore plus abyssal. Il a fallu la mobilisation de fortunes privées, pour rebâtir. Celles qu’on s’acharne à taxer, à dénigrer, stigmatiser. Il aura aussi fallu des dons, de Français bien plus modestes, preuve qu’ils ne sont pas rétifs à l’effort collectif, pour peu qu’il ait un sens et ne consiste pas à alimenter le puits sans fonds de la dépense sociale.
Notre-Dame réussit là où notre classe politique échoue. Elle nous rassemble, c’est un bâtiment religieux qui enthousiasme aussi ceux qui ne le sont pas. C’est un héritage du fond des âges qui nous redonne foi dans notre capacité à envisager l’avenir. Notre-Dame, c’est une image qu’il nous faut garder en tête : d’un fatras de poutres brûlées et de voûtes écroulées, et parce que chacun y a mis du sien, quelque chose de grand et de solide a pu se dresser de nouveau.